« Dis… tu crois en quoi ? »

Ecrire… ce projecteur, cette lumière sur les émotions.
Ecrire… et rêver donner un éclat sur l’anodin, le transformer en un bien précieux et rare.
Ecrire… pour raconter les envolées, les états d’âme, la vie en toute simplicité qu’un seul mot pourrait changer en épopée.

Aujourd’hui, elle se noie dans la fin de sa tasse de café… le café est froid.
Se dit qu’elle pourrait retourner dans son lit et se lover dans l’empreinte encore tiède que son corps a laissé dans la nuit…
Aujourd’hui, ses mots lui semblent tellement élimés qu’on y voit au travers… comme la vie ténue et fragile avant la prochaine virgule.

Un fragment de lassitude ?
Tenir alors la nostalgie à distance et s’arrimer au présent ?
Ambivalence des sentiments : plénitude et vide.

Le tic-tac de l’horloge rythme ce silence trouble.

Elle laisse tomber ses pensées comme des miettes de pain.

Admire le soleil qui prend son tour de garde pour éclairer le monde, et sans préambule se répand dans la pièce comme pour lui reprocher son humeur morose.

Ces dernières semaines, assommée par les blessures du monde et ses propres batailles, une peur sourde l’enferme dans des mots qu’on ne prononce pas.
Cette peur là, elle croyait en avoir fini !
Imprévisible, soudaine, sur le quai du métro, dans une boutique, à un carrefour alors qu’elle traverse la rue !
Elle surgit insidieuse, pour devenir chagrin et douleur !
La peur, c’est la brèche invisible qui se creuse au fond de son ventre, les images, les résonnances, l’écho d’un bruit ou d’un silence qui la réveillent au cœur de la nuit…
Alors ne pas l’ignorer… la regarder droit dans les yeux !

Tout donner et recevoir le monde entier, voilà la naïveté dont elle s’était vêtue comme d’une couverture.

Sommes nous de si petites choses que le monde continu de tourner sans se soucier ?

A l’abri de sa maison, tout respire la paix des gestes du quotidien.
Elle a besoin du silence des mots écrits.

Portée par la conscience de cette émotion à laquelle la vie la soumet, elle sait qu’il faut faire avec…
Et si quelque chose a vacillé une fois encore, n’est ce pas au cœur des bouffées de joie, de colère, de désarroi, de peur, au cœur des émotions que l’on trouve le carburant de la vie ?

Elle se remémore soudain ce minot du coin de la rue du marché de l’Olive, avec le rire de son âge sur les lèvres, qui jouait a défier les adultes avec toujours la même question : « Dis Madame… tu crois en quoi ? »
Elle le regarde amusée : « Je crois en ce qui nous rend vivant… »

….

« I learn that courage was not the absence of fear,
but the triumph overt it.
The brave man is not he who does not feel afraid,
but he who conquers that fear. » Nelson Mandela

Ici en illustration : street art de Seth Julien, graveur de la scène Parisienne, il peint les enfants de ses voyages avec ce je ne sais quoi de magique.

166 réflexions sur “« Dis… tu crois en quoi ? »

  1. Fragilité de l’instant, sa force aussi, l’essentiel ne s’impose pas, il se laisse deviner, toujours présent sans jamais défier ni effacer ce qui en nous fait mal.enfantement de soi, à l’ecoute du monde pour faire corps avec et sortir de la carapace de nos défenses, de nos ecorchures. Tes mots sont beaux Myo, continue,écris encore et encore, au creux de toi, nous nous retrouvons, si semblables et si vivants de ces incertitudes qui nous rendent perméables

    Aimé par 3 personnes

  2. Encore un très beau texte de ressenti »s », profond et plein de lucidité 🙂
    Et, je comprends mieux une réponse dans un de tes commentaires d’hier….. 😉

    « Tenir alors la nostalgie à distance et s’arrimer au présent ? » – « S’arrimer » j’aime bien le terme. Je crois comprendre ce que tu as voulu dire : ne pas regarder en arrière et être attentive au présent, à ce qui se passe ici et maintenant ?
    Pour rire un peu 😉 le présent c’est un tapis roulant qui ne s’arrête jamais, comme ceux du métro Châtelet 😀 As-tu déjà essayé de ne plus avancer par ce que tu as coincé quelque chose? Moi oui ! On se rétame lamentablement la figure 😉 😀

    « Ambivalence des sentiments : plénitude et vide. » C’est normal ! 🙂 Le « vide », vacuité, mène au Tout, plénitude. La plénitude du vide et le vide de la plénitude, fameux équilibre, chemin à trouver 😉 (et c’est loin d’être du gâteau pffff 😉 )

    « …sans préambule se répand dans la pièce comme pour lui reprocher son humeur morose. » J’adoooore !

    « La peur, … Alors ne pas l’ignorer… la regarder droit dans les yeux ! » Ah oui ! Dès qu’on la regarde en face, en général elle fond, mais il faut sans arrêt recommencer cette gymnastique ! Si ça peut t’intéresser 😉 j’avais écrit un truc là-dessus en 86 (publié fin 2012) http://wp.me/p1fFRW-CH

    Ah oui le titre, la question du minot ! 🙂 Comme toi, avec mes mots : Je crois en tout, même ce que je ne sais pas… encore.

    Merci Myo pour avoir partager ce moment avec tes mots ❤
    Bizzzzzzzzzz
    P.S. J'ai encore été bavarde pffff que veux-tu tu m'inspires 😀 (Pendra… je t'entends d'ici ! 😆 )

    Aimé par 4 personnes

    • Aaaah Cath, j’adore quand tu es bavarde 😀
      Forcément je me nourris des mots de ceux qui me lisent… C’est tellement porteur !!!! Parce que Mr Doute marche toujours dans mon ombre 😉
      Tu vas à 2000% dans le sens de ce que je souhaite exprimer…
      Pour être dans l’air du temps je suis heureuse que tu « kiffes » mes mots 😉
      Bisousssss

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  3. C’est incroyable la force d’un mot lorsqu’on sait le placer, l’utiliser ! « Elle laisse tomber ses pensées comme des miettes de pain »… c’est si justement pensé et écrit. Les émotions sont là !
    Merci du partage

    Aimé par 2 personnes

  4. très beau texte qui reflète nos peurs internes face à la vie , face à ce qui se passe autour de nous., l’illustration la photo de ce dessin / street art est superbe, on se sent redevenir un enfant replié sur soi , bref je m’y retrouve. Bravo pour ce texte.

    Aimé par 1 personne

  5. Oui, en effet, Myo, c’est au milieu de tout cela, que l’on trouve vraiment ce qu’il faut pour alimenter notre vie et la citation de Nelson Mandela le dit bien également !
    Merci pour ce beau texte et bonne poursuite de ce mardi !
    Bisous♥

    Aimé par 1 personne

  6. Ce monde n’est pas ce que nous voyons avec des yeux, un regard formaté par d’autres…
    Ce qui est grand, est justement l’esprit, l’âme que tous, nous avons, qui facilite le partage.
    Nous ne sommes rien, juste, seulement un corps, pour un temps.
    Nous sommes tous en chemin, un voyage de l’Occident vers l’Orient, à la recherche de la Lumière.
    Nous consommons une énergie, comme une pile ou un accumulateur.
    Que reste-t-il ? Les sentiments, tous les sentiments, qui vivent sans se consumer, qui existent par notre écoute, notre partage.
    J’aime lire tes lignes, tes textes, tu as un don, l’écriture, support de tes émotions, ressentis, vibrations.
    Mon sourire du soir.
    Bises de Provence.

    Aimé par 3 personnes

  7. Elle besoin du silence des mots écrits
    Cette phrase me plaît Myo
    Mais ce billet reflète tout ce que je pense en fait de la vie
    La force des mots,d’un mot
    Peut changer une vie;je sais de quoi je parle crois moi
    La peur oui elle est en moi ;;car la vie ne nous épargne pas
    Bisous avec amitié

    Aimé par 1 personne

  8. Position foetale de l’enfant de cette gravure. Celle que l’on prend dans un profond chagrin ou souffrance viscérale. Se regrouper physiquement ou mentalement.
    Je crois en quoi ? Je ne suis pas sûre de connaître ma propre réponse. Je crois au pire dans l’homme, mais je sais que certains sont l’exception, et que cela fait du bien de la rencontrer cette exception.

    Aimé par 1 personne

  9. coucou Myo ! je crois qu’on se reconnait tous plus ou moins dans ton désarroi , ta mélancolie, cette lassitude , mais aussi ton plein d’amour de la vie avec l’espoir !
    …Elle laisse tomber ses pensées comme des miettes de pain…je crois en ce qui nous rend vivant…
    je ne les citerai pas toutes , tes phrases pleines d’émotions …
    et ces peintures de « minots » sont très chouettes aussi ! toi tu as vécu à Marseille 🙂
    Non !!! nous ne nous laisserons pas abattre !
    un gros bisou, et un bon café chaud pour toi avec tes amies au petit bar de vos rencontres matinales avant le travail …
    à bientôt 😉

    Aimé par 1 personne

    • Quel plaisir de découvrir ton com… Ben tu vois c’est le moment où c’est mieux pour moi de rien dire et de savourer ce plaisir… Je suis touchée parce que parfois on se sent seule dans certaines émotions… et finalement même pas vrai 😉 No no ça fait écho…. Et ouiiii la vie continue.
      Demain matin j’aurai une pensée pour toi au prochain café 🙂
      Merci Juliette pour tes mots qui font chaud au coeur.
      Bisoussssss

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  10. une plume au coeur magnifique… merci Myriam pour cette puissante mélancolie qui parle à l’être d’une terre à explorer, d’un monde à réinventer… le sien… le tien… le nôtre… pour mieux comprendre le monde… et réciproquement… comme un ballet de feuilles imprimant les émotions au fil des saisons jusqu’à la sérénité intérieure, cinquième saison où respirer les rayons de soleil est d’une douceur incomparable… 🙂 douce nuit… une joie de te lire…

    Aimé par 1 personne

  11. Il faut aimer les gens, pour percevoir ce monde dans toute sa générosité, son humanité. C’est ce que je perçois en vous lisant. C’est pas aisé de trouver le mot qui rend l’essence même d’une émotion. Vous y parvenez merveilleusement bien. Conclusion : un plaisir de parcourir vos billets !!!!

    Aimé par 1 personne

  12. « Ambivalence des sentiments : plénitude et vide. »
    Encore un de tes textes doux et fragile qui résume le chaos debout de notre monde qui agit sur nos esprits. En tout cas, ton esprit. Comme chaque nouvelle journée, comme chaque printemps, on peut presque repartir de zéro!
    Des bises et à très vite

    Aimé par 1 personne

  13. Savoir saisir le moment présent… même si celui-ci est incertain…. même si celui est le reflet de nos faiblesses… mais celles-ci font que nous sommes tel que nous le sommes et qui font notre humanité. Cette humanité si bien partagée en mot ici.

    Mes amitiés

    Aimé par 1 personne

  14. Tres beau, comme d’habitude j’ai envie de dire…même si c’est le genre de beauté auquel on ne s’habitue jamais, qui surprend toujours, comme si c’était la première fois!😉
    Il faut faire avec…La terre tourne seule et est si petite. L’échelle du monde est réduite et je me sens parfois prise au piège….mais il y a tellement de choses à faire….tellement de belles choses à faire…et ce billet magnifique en est la preuve!
    Gros bisous

    Aimé par 1 personne

  15. Que ce texte est beau, un texte si vrai et si profond qui nous décrit un ressenti qui doit être aussi celui de nombreuses autres personnes. La description commence avec cette personne qui se réveille avec le cafard au coeur, les idées noires, le corps et l’esprit chargé de lassitude. Un tout qui ne lui donne aucunement envie de bouger, de vivre à plein sa journée.
    Puis on avance et on réalise que ce qui trouble ce début de journée n’est autre que la peur qui s’est incrustée en elle ce matin là, une peur qui a été réveillée par de douloureux souvenirs, un peur qui s’est extraite d’une blessure qui a bien du mal cicatriser.
    Cette personne est alors plongée dans le doute, se demande si sa foi dans le monde et les hommes n’a pas été finalement de la naïveté. Les souvenirs cruels, la peur sont présents pour lui rappeler la dure et triste réalité du monde jusqu’à lui en faire oublier un instant ce qui nous pousse à vivre : l’amour de la vie et l’espoir.
    Un petit garçon lui a demandé ce en quoi elle croyait ? Elle lui a répondu fort justement et aurait même pu lui ajouter :  » je crois en moi, en mon amour pour de la vie et en l’espoir d’un monde meilleur grâce à des hommes devenus enfin plus sage.
    Continue à écrire chère Myo, ton écriture est un médicament merveilleux tant pour toi que pour ceux qui te lisent, tes mots sont les cicatrisants de nos penses noires, tes phrases restent les messagères de l’espoir qui ne devra jamais nous quitter pour que nous restions des résistants face à la peur et à la bêtise.

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    • Merci Oceane, j’avais aperçu votre commentaire à l’édition de ce billet et puis il s’est envolé … 😦
      Les émotions coexistent et dépendent les unes des autres…
      Jean-Paul Sartre définissait l’émotion comme une chute brusque de la conscience dans le magique 😀

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    • Merci Silvia…
      Je te souhaite également un agréable dimanche.
      Ici le printemps dévoile un magnifique arc-en-ciel, et ce matin mon footing était joyeux avec toutes ces couleurs qui explosent sur mon chemin…
      Un sourire pour ce dimanche

      J'aime

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